J’en ai marre du homard

D’accord, ce titre accrocheur n’est pas vrai. Disons plutôt que, ce qui m’agace, c’est le monopole qu’exerce, dans notre paysage des produits de la mer, le célèbre crustacé emblématique de la ville de Shediac.

Comment m’est venu l’idée de brasser cette cage, ou plutôt, ce casier ? Le 23 mai dernier, une célèbre artiste de la péninsule acadienne a rapporté sur sa page Facebook que, à la poissonnerie à Lamèque (je suppose qu’il n’y en a qu’une), les gens faisaient la queue pour acheter du homard à un prix vraiment très populaire : 35 $ la douzaine ! Ce n’était pas tout : il y avait une limite de 15 douzaines par client !

Faisons un petit calcul. Lorsque je suis arrivé en Acadie, le homard se vendait autour de 7 $ la livre. On me disait qu’il était moins cher que la viande de bœuf. Ce n’est plus vrai aujourd’hui, car ce prix a plus que doublé. Vous l’aurez constaté par vous-même en faisant votre épicerie. A présent, 35 $ pour douze homards (j’espère qu’ils sont gros), cela fait environ 2,90 $ la pièce. C’est bien inférieur aux prix que j’ai connus il y a treize ans. Bref, c’est plutôt une bonne affaire.

Cependant, lorsque la poissonnerie annonce une limite de 15 douzaines par client, elle incite bien évidemment à la consommation de masse. Or, quinze douzaines, cela représente 180 homards ! A moins de diriger un restaurant ou d’organiser un mariage (je croyais qu’ils étaient tous reportés pour cause de coronavirus), qu’allez-vous en faire ? Les entreposer dans un aquarium en attendant de les cuire ?

C’est vrai qu’on pourrait organiser un gigantesque party de homard avec 180 personnes en respectant la distanciation physique : il suffirait de le faire sur toute la longueur de la dune de Bouctouche ! Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j’ai vraiment hâte que les poissonneries de Shediac, les yeux tournés vers Lamèque, nous offre à chacun la possibilité de dépenser 420 dollars en achetant 15 douzaines de homard. Avec un tel prix, peut-être aurions-nous l’occasion d’apercevoir des éléphants roses. Ce serait un coup de pot !

L’omniprésence du homard dans nos poissonneries cache-t-elle l’absence d’autres produits de la mer ? Il y a deux ans, je me trouvais de l’autre côté de l’océan atlantique, chez des cousins à Noirmoutier. En visitant le marché couvert local, j’ai vu des étals de poissonneries qui semblaient avoir été remplis par une corne d’abondance. C’était, réellement, le pays de Cocagne ! Rien de tel chez nous, en Acadie, où le roi homard daigne faire un peu de place aux huîtres, aux moules, au crabe des neiges, aux palourdes, aux coques et, pendant quelques semaines en février-mars, aux éperlans.

Alors que nous vivons en si près de la côte, je vous pose la question : où sont les tourteaux, les crevettes grises, les langoustines, les bigorneaux, les bulots, les seiches, les oursins ? Où est la limande sole, la lotte, la raie, le turbot, le merlan, le lieu jaune et la daurade royale ? Pourquoi ne les trouvons-nous pas dans nos poissonneries ? Pourquoi ces produits de la mer sont-ils tous vendus à l’exportation et ne finissent jamais dans nos assiettes ? Vous n’avez pas envie d’en manger ?

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