Brasser la cage

par Damien Dauphin

La SANB aura bientôt un nouveau président. Une chose est sûre : celui-ci n’aura pas 70 ans.

Il souffle un vent de jeunesse sur la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB). Deux personnes ont déclaré leur candidature au poste de président de l’organisme. Pour la première fois, un débat a été organisé entre les candidats, pour confronter leurs programmes et leur permettre de présenter leur vision. Cela ressemblait aux débats télévisés, mais avec le style particulier des réunions par visioconférence.

Alexandre Cédric Doucet est le premier à s’être déclaré à la succession de Robert Melanson. Il est actuellement vice-président de la SANB, ce qui lui a permis de déclarer que s’il était élu, il ne connaîtrait aucune période d’adaptation. Je ne sais pas si Robert compte lui offrir un de ses célèbres nœuds papillon, mais Alexandre semble prêt à chausser ses souliers du jour au lendemain. Cela dit, je ne les connais pas suffisamment pour savoir s’ils ont la même pointure.

L’autre candidat est Mathieu Caissie. Je vais vous faire une confidence : il est l’une des premières personnalités de la communauté que j’ai rencontrées peu après mon arrivée en Acadie. Le fait qu’il soit, par la suite, devenu diplomate comme je l’étais moi-même, crée une certaine proximité et un a priori favorable. Il ferait un interlocuteur crédible et d’un calibre excellent avec les différents paliers de gouvernement.

L’un et l’autre ont de bonnes idées à faire valoir, et sont porteurs d’un projet pour le peuple acadien et la communauté francophone de la province. Alexandre voudrait organiser des États Généraux de l’Acadie en 2023. Mathieu voudrait mettre l’accent sur la défense de nos droits et la préservation de nos acquis au moment où la pandémie de COVID-19 peut inciter les autorités à les grignoter au nom de l’intérêt général.

Mais surtout, ils sont jeunes ! Alexandre a 25 ans, et Mathieu bientôt 39. Quand on y songe, la moyenne des deux donne 32 ans, l’âge de Brian Gallant quand il est devenu premier ministre. C’est tout de même plus rafraichissant que le combat électoral qui se joue au sud de la frontière ! Là-bas, la moyenne d’âge est de 75 ans. On se croirait au Palais du Luxembourg, siège du Sénat français, à l’époque où j’étais enfant.

La date limite pour devenir membre de la SANB et pouvoir voter est le 23 mai. C’est samedi prochain ! Le vote en ligne et par la poste est ouvert depuis lundi 18 et fermera le 13 juin. Vous pouvez voir ou revoir l’enregistrement du débat sur le Facebook de la SANB ou sur le site Internet www.astheure.com, et n’oubliez pas de voter. Le coronavirus nous a privés d’élections municipales : la SANB nous permet de faire entendre notre voix.

La province du Nouveau-Brunswick est passée à la phase 2 (orange) de son plan de rétablissement. Le port d’un masque sera exigé en public lorsque la distanciation physique ne pourra être maintenue.

Pourtant, depuis le début de la pandémie de COVID-19, les autorités de santé publique du Canada déconseillent le port du masque médical par la population. Pourquoi ? Parce qu’il n’y avait pas, au pays, de réserves suffisantes pour les personnels en soins de santé. Tout simplement.

Rapidement, des « petites mains » ont retrouvé les gestes d’autrefois. Tandis que certains se sont transformés en boulangers amateurs à la maison, d’autres ont redécouvert la couture et se sont mis à fabriquer des masques en tissu de façon artisanale. Or, le port de ces masques par le public est non seulement encouragé mais, à présent, il est exigé.

Je ne suis pas médecin. En faisant des recherches pour rédiger cette chronique, j’ai découvert qu’il n’existait aucun consensus sur l’utilité et l’efficacité des masques comme protection barrière pour limiter la transmission d’un virus respiratoire. N’attendez donc pas de moi que je vous dise d’en porter un ou de ne pas le faire.

Le visage d’un individu est la première chose qui nous permet de l’identifier. C’est pourquoi le port d’un signe religieux qui recouvre le visage ne peut être permis sur nos documents d’identité, même si ce port n’est pas interdit dans la vie courante. Cela conduit à des situations absurdes : pour contrôler l’identité d’une personne masquée, il faut lui demander de retirer ce qui voile son visage. Je l’ai déjà fait, autrefois, lorsque j’exerçais des fonctions consulaires.

Dans le cadre de la phase 2, les restaurants peuvent de nouveau accueillir le public. Il va de soi que la distanciation physique ne peut y être respectée. La personne qui vous sert ne va pas utiliser une pelle à neige télescopique pour déposer votre assiette sur la table. Et si vous êtes obligés de porter un masque, comment allez-vous faire pour boire et manger ?

J’ai l’impression que les grands penseurs qui nous gouvernent n’ont pas réfléchi à tous les aspects techniques et pratiques de ce qu’ils nous demandent de faire. Mais le plus grave, selon moi, est ailleurs : nous ne pouvons plus nous rassembler ni nous toucher comme nous le faisons autrefois. Par-dessus tout ça, va-t-on nous empêcher de nous reconnaître les uns les autres ?

Quand je songe à tout cela, j’ai l’impression d’être dans un mauvais film de science-fiction, ou dans un épisode de la série d’anticipation Black Mirror qui nous annonce un futur proche où il ne fait pas bon vivre. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a décidé d’interdire l’accès de la province aux travailleurs étrangers temporaires. Blaine Higgs invite les étudiants et les chômeurs à remplacer cette main d’œuvre saisonnière et bon marché. La pandémie du Covid-19 va-t-elle nous obliger à revenir à nos racines ?

La décision du gouvernement est loin de faire des heureux. Elle prive les propriétaires de fermes et de vergers de bras que le travail n’effraie pas et ne formulent aucune exigence particulière. Quant aux chômeur et aux étudiants, ils n’imaginent probablement pas quitter leur petite bulle de confort postmoderne pour aller travailler dans les champs. J’ose l’écrire : leurs ancêtres doivent se retourner dans leur tombe !

Selon l’encyclopédie canadienne en ligne, « très indépendants, les Acadiens pratiquent l’agriculture et l’élevage sur des terrains marécageux asséchés grâce à un dispositif de barrières adaptables aux marées, appelées aboiteaux, qui créent des polders utilisables pour l’agriculture. » Mais ça, c’était avant. D’accord, les chips et les canettes de bière qu’on s’envoie dans la bedaine, allongé sur un sofa tout en regardant la télé, n’existaient pas aux dix-septième et dix-huitième siècle. Et c’est tant mieux : si nos ancêtres s’étaient comportés comme nous le faisons, ils seraient morts de faim et nous n’existerions pas.

Le problème, c’est que le progrès technique et les avancées sociales, encore trop timides selon certains, ont fabriqué des générations d’assistés qui attendent tout d’un État-Providence. C’est exactement ce pour quoi se prend le gouvernement fédéral à coup de milliards de dollars, lui qui n’arrivait pas à trouver quelques dizaines de millions en 2019 pour sauver les Jeux de la Francophonie à Moncton, ni le moyen de revaloriser les prestations sociales et les pensions des retraités. Que ferons-nous lorsque le gouvernement fédéral cessera de distribuer cet argent ?

Les Acadiens d’autrefois étaient très indépendants, leurs descendants sont devenus des personnes dépendantes, à la fois des aides gouvernementales et d’une main d’œuvre importée de partout dans le monde… pour exporter leurs produits ailleurs dans le monde ! Je reviendrai prochainement sur une telle absurdité, alors que des voix s’élèvent dans la communauté pour favoriser la consommation avec une chaîne d’approvisionnement de proximité.

Ne serait-il pas temps de nous retrousser les manches ? Apparemment, les gens s’arrachent dans les quincailleries les articles qui permettent de se faire son propre jardin potager. C’est une bonne base de départ. Personnellement, je rêve d’avoir un type de propriété qui me permettrait de traverser les crises économiques et sociétales en parfaite autosuffisance. Si l’on est capable de cultiver ses fruits et légumes, on peut très bien cueillir et ramasser ceux que produisent les plus grands exploitants de la région. Le tout est de le vouloir.